Pour identifier la maladie, en connaître le stade de développement ainsi que la part qui revient à chaque dosa dans sa production, le praticien âyurvédique doit se livrer à un examen minutieux du malade portant non seulement sur son corps mais également sur son état psychique. Les méthodes d’examen doivent mettre en jeu touîf les sens du médecin. Il doit inspecter l’aspect de la peau, de la langue, des excréments, la forme et la dimension des plaies ou des enflures. Il doit écouter le bruit de la respiration, les borborygmes, les craquements des articulations, et prêter attention à d’éventuelles altérations de la voix du malade. Il doit aussi le palper pour apprécier la température et l’état de la peau. Il lui faut également sentir les odeurs émanant du malade, de ses plaies ou de ses sécrétions.

L’examen du pouls

La pratique de l’examen du pouls, courante aujourd’hui dans la médecine ayurvédique, ne semble pas être apparue avant le VIIIe siècle. L’idée d examiner le pouls a pu être empruntée à la Chine, mais la technique attestée en Inde est différente et les enseignements escomptés ne sont pas ceux que recherchent les médecins chinois. En effet, par la prise du pouls le médecin indien prétend reconnaître les perturbations dans l’équilibre des trois principes vitaux, « vent », « bile » et « phlegme » et diagnostiquer ainsi toutes les maladies. L’interprétation des différents pouls se rattache donc à la théorie âyurvédique des tridosa.

La palpation se fait en appliquant les extrémités rapprochées de l’index, du médius et de l’annulaire sur l’artère radiale, au poignet droit chez l’homme, au gauche chez la femme. Les textes distinguent plusieurs types de pouls suivant l’amplitude (pouls fort, faible, très faible), la fréquence des pulsations (pouls régulier, rapide, lent), la température (pouls chaud ou froid), dont les variations sont censées traduire l’activité des trois dosa. Un pouls dont le mouvement ressemble à celui d’une sangsue ou d’un serpent est considéré comme indiquant une activité excessive du « vent ». L’excitation de la « bile » se traduit par des battements rappelant le saut de la grenouille ou le vol de la corneille. Le pouls correspondant à une excitation du « phlegme » est comparé à une tourterelle. Un pouls intermittent traduit un état morbide rapporté à l’action de deux dosa. La terminologie de Wang shuhe et de Galien est parfois du même genre. Les textes chinois connaissent, par exemple, un pouls « saut de grenouille ». Galien, de son côté, parle du saut de la chèvre ou de la queue de souris. Mais ces analogies sont de celles qu’on doit s’attendre à trouver dans des ouvrages qui traitent du pouls. Elles ne prouvent pas forcément un emprunt à la Chine ou à la médecine galénique.

Interroger le malade sur ses rêves

Les différents examens sont complétés par l’interrogatoire du patient et de son entourage. Cet interrogatoire a pour but de renseigner le médecin sur les circonstances de l’apparition des premiers symptômes, l’évolution du mal mais aussi sur la personnalité du malade, ses activités, son alimentation, son appétit, compte tenu de la saison, du climat et, bien entendu, du contexte psychologique dans lequel est apparue la maladie. La Carakasamhitâ indique qu’il faut aussi interroger le malade sur ses rêves.

Tous ces renseignements permettent de déterminer, en fonction de l’expérience enregistrée, quels éléments du fonctionnement vital admis par la théorie sont en jeu. Par exemple, la perte d’appétit, les indigestions, les nausées, l’anémie, les sensations de brûlures sont censées traduire une diminution de l’activité du « vent ». Les vertiges accompagnés de douleurs, de crampes, de tremblements sont attribués à un ralentissement des fonctions du « phlegme » et à un excès d’activité du « vent » et de la « bile ». On trouve ainsi dressées dans les textes médicaux sanskrits de longues listes de symptômes permettant de remonter par inférence à l’origine du mal. Une fois la maladie identifiée et ses causes reconnues, il reste au praticien à porter un pronostic et à fixer la conduite à tenir pour remettre les fonctions en ordre.

A date ancienne, l’établissement du pronostic concernant la curabilité ou l’incurabilité d’une maladie relevait plus souvent de l’art divinatoire que de la science médicale. Ainsi, on prétendait prédire l’issue d’une maladie d’après le langage, les vêtements et l’attitude du messager venu quérir le médecin, ou bien d’après la direction du vent soufflant à son arrivée, ou encore d’après les rêves du malade. Les anomalies que les sensations du patient peuvent présenter sont généralement regardées comme de mauvais signes (arista). D’autres indications fatales peuvent être tirées de l’altération de son teint. Il est dit aussi que « les maladies qui affectent un brâhmane versé dans le Veda, ou un roi, ou une femme, ou un enfant, ou un vieil homme, ou une personne timide, ou le serviteur d’un roi, ou un homme fourbe, ou un homme qui cache sa maladie, ou un homme qui n’a pas le contrôle de ses sens, ou un homme très misérable ou n’ayant personne qui prenne soin de lui, peuvent évoluer vers une forme incurable » (Susrutasamhitâ, Sütrasthâna, X, 7).

Mais même dans l’utilisation de la physiognomonie ou de l’oniromancie l’esprit scientifique de l’ayurvéda reprend ses droits. La Carakasamhiîâ donne par exemple de la valeur pronostique des rêves annonciateurs de mort l’explication suivante : il s’agit d’hallucinations provoquées par les dosa qui affectent les canaux vecteurs des impressions sensorielles vers l’esprit. Ces rêves sont donc à interpréter comme des signes graves, parce que produits eux-mêmes par des troubles graves.

 

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