LA MÉDECINE PRÉVENTIVE

De toutes les anciennes médecines, c’est sans doute la médecine ayurvédique qui, dès ses origines, a accordé la plus grande importance à l’hygiène, à la diététique, aux exercices physiques et aux massages, à la fois comme moyens préventifs et comme méthodes curatives. Les règles d’hygiène et de régime sont déjà extrêmement nombreuses et élaborées dans les traités de Caraka et de Susruta qui leur consacrent plusieurs chapitres. Elles tiennent compte non seulement du climat, de la saison et des circonstances, mais aussi du tempérament de chaque individu

L’hygiène et le mode de vie

Une des exigences les plus élémentaires est celle du bain. D’après la Susrutasamhitâ, le bain fait disparaître la somnolence, réchauffement et la fatigue ; il combat la soif, les démangeaisons et la transpiration; il est dépuratif, purifie les organes des sens, clarifie le sang et stimule le feu digestif. Il ne doit pas être trop froid en hiver, ni trop chaud en été, et ne doit pas être pris tout de suite après un repas. Il est déconseillé de se baigner en cas de fièvre, de diarrhée, de maux de tête, d’indigestion ou de maladie due à un dérangement du vent.

Une grande importance est aussi attachée à l’hygiène buccale qui comprend le nettoyage des dents, le raclage de la langue et le rinçage de la bouche. Les dents sont nettoyées au moyen d’un bâtonnet provenant de l’une des espèces végétales suivantes :

Pongamia pinnata Pier., Nerium indicum Mill., Calotro- pis gigantea (L.) R. Br., Aganosma dichotoma (Roth) K. Schum. ou Terminalia tomentosa W. & A., et dont l’une des extrémités est écrasée pour en dégager les fibres. Pour la langue on utilise un racloir métallique recourbé.

Plusieurs textes anciens recommandent de mâcher régulièrement un certain nombre de substances aromatiques, en début de journée et à la fin des repas, pour parfumer l’haleine ou en raison de leurs propriétés stimulantes ou digestives : noix muscade (Myristica fragrans Houtt.), noix d’arec (fruit de Yareca catechu L.), cubèbe (Piper cubeba L.), clou de girofle (Eugenia caryophyllata, Thunb.), feuille de bétel {Piper betle L.). La chique de bétel, dont l’usage est si répandu en Inde, se compose généralement de fragments de noix d’arec, d’une feuille fraîche de bétel et d’une certaine quantité de chaux calcinée. C’est l’association de ces trois composants qui confère à la chique son goût particulièrement agréable. On y ajoute parfois du cachou et du camphre. L’usage de la chique de bétel n’a pas seulement pour effet de parfumer l’haleine, elle constitue aussi un excitant très doux entraînant un sentiment de bien-être. La Hàrltasamhitâ la dit « aphrodisiaque, purifiante, éclaircissante de la voix, bonne pour la gorge, appétissante, pectorale ».

La Carakasamhitâ donne aussi la recette de gouttes nasales à employer pendant la saison des pluies, à l’automne et au printemps, pour prévenir un certain nombre de maux : torticolis, maux de tête, rhinite… Enfin, il est fait usage de collyres, de parfums et de produits cosmétiques de toutes sortes.

Des prescriptions d’hygiène générale et sexuelle sont également fournies par les traités de sexologie que l’Inde a élevée au rang d’une véritable science. Le texte le plus ancien qui nous soit parvenu, le plus important aussi, est le Kâmasütra ou « Aphorismes sur le plaisir » de Vâtsyâyana, qui peut remonter au IVe ou au Ve siècle.

L’auteur y décrit dans un passage la toilette quotidienne de l’élégant. La dernière section du traité propose des recettes esthétiques et médicales.

Les textes sanskrits du hathayoga accordent aussi une place importante à l’hygiène corporelle. A côté de l’hygiène courante, le hathayoga prescrit des techniques spéciales de purification du corps connues sous le nom de satjcarman, littéralement les « six actions ». D’après la Hathayogapradlpikâ (II, 21), elles s’adressent seulement à ceux qui souffrent d’un excès de graisse ou de « phlegme » :

  • Dhauti, le nettoyage interne, consiste à avaler lentement puis régurgiter une longue bande d’étoffe imbibée d’eau tiède. Ce nettoyage aurait pour effet de faire disparaître la toux, l’essoufflement, la dilatation de la rate, la lèpre et une vingtaine de maladies nées d’un mauvais fonctionnement du « phlegme ».
  •  Basti, le lavement, se pratique en aspirant de l’eau par le rectum. Il s’agit d’une opération dont le mécanisme est discuté : contrôle volontaire des fibres musculaires lisses ou, ce qui paraît plus conforme aux données classiques, action des masses grêles et des muscles de la paroi abdominale, agissant sur le rectum comme sur une poire en caoutchouc.
  • Neti désigne le lavage du nez. Il consiste à introduire un long fil imbibé d’huile par une fosse nasale et à le faire ressortir par la bouche. Il guérirait toutes les maladies « qui apparaissent dans la partie du corps située au-dessus des clavicules », autrement dit, toutes les affections oculaires, oto-rhino-laryngologiques et odonto-stomatologiques.
  • Trâtaka est un exercice de concentration oculaire qui passe pour guérir les maladies des yeux. II consiste à fixer le regard, sans ciller ni cligner des yeux, sur un objet très petit, comme le bout incandescent d’un bâton d’encens, jusqu’à ce que les larmes jaillissent. En réalité, le sujet atteint d’une affection oculaire ne peut y parvenir et passe pour n’avoir pas suffisamment poursuivi le traitement. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une maladie en voie de guérison, l’exercice peut être accompli de façon normale. Il s’agit donc, dans ce cas précis, d’un test de guérison pris à tort pour une thérapeutique.
  • Nauli est un mouvement tournant imprimé au ventre par la contraction alternée des muscles droits de l’abdomen.

 Kapâlabhâti désigne l’action de respirer sur un rythme très rapide. Cette ventilation dessécherait toutes les maladies attribuées au « phlegme ».

 

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