L’ayurvéda à travers les siècles – partie 2

Une fois fixées, les doctrines ayurvédiques d’interprétation de la constitution du corps, des fonctions vitales et des maladies n’ont guère varié au cours des siècles suivants, faute d’acquisitions de connaissances anatomiques et physiologiques nouvelles. Il faut dire qu’un coup très grave avait été porté par les invasions musulmanes à l’appétit de découverte et à l’élan ancien de la recherche scientifique en Inde. Face aux doctrines importées, les milieux ayurvédiques songèrent plus à affirmer la valeur de leur système dans sa teneur consacrée qu’à le faire évoluer par de nouvelles recherches. En revanche, de nombreuses acquisitions de détail ont eu lieu dans le domaine des méthodes de diagnostic et surtout dans celui de la thérapeutique.

Une des principales innovations est l’examen du pouls (nâdiparïksâ) qui ne semble pas connue avant le VIIIe siècle. Les traités de Caraka, Susruta et Vâgbhata n’en parlent pas. La méthode n’est véritablement décrite qu’à partir de la Sârngadharasamhiîà (XIIIe ou XIVe siècle) et un certain nombre de petits traités mal datés mais manifestement modernes lui ont été entièrement consacrés, comme le Nâdïvijfiàna attribué à Kanadâ. On a pensé que l’idée avait pu en être empruntée à la Chine mais la méthode indienne est différente.

On note aussi des divergences entre la nosologie exposée dans la Sârhgadharasamhitâ et le système nosologique du Màdhaxanidâna. De nouveaux noms de maladies sont mentionnés dans les textes. La syphilis est décrite pour la première fois, sous le nom de phirangaroga, dans le Bhâxaprakâsa de Bhâvamisra (XVIe siècle).

Après l’époque des grands traités, des drogues nouvelles, comme l’opium, ont été introduites dans la pharmacopée, tandis que des plantes déjà connues ont été promues au rang de panacées. C’est notamment le cas de la harïtakï, Terminalia Chebula Retz, que Caraka range sous le nom d’abhayâ parmi les plantes contre les hémorroïdes et les maladies de peau. Des substances étrangères ont fait leur apparition dans les prescriptions alimentaires, tel le piment, originaire d’Amérique et introduit par les Portugais. On note par ailleurs l’apparition d’un plus grand nombre de préparations minérales dont l’introduction dans la thérapeutique coïncide avec le développement de l’alchimie au cours de la période médiévale. Les textes alchimiques nous livrent de nombreuses recettes d’élixirs (rasâyana), d’onguents (pralepa) et de pilules (gutikâ) destinés à préserver le corps de la vieillesse et de la mort. Il s’agit le plus souvent de préparations à base de sels de mercure (parada) qui passent pour conférer, outre l’immortalité et la jeunesse, toutes sortes de pouvoirs extraordinaires ou siddhi, comme celui de voler à travers les airs ou de transmuter les métaux vils en argent ou en or. La thérapeutique alchimique occupe une place très importante dans la médecine des Siddha.

Laisser un commentaire