Des spéculations diverses ont concouru à accentuer chez les Indiens la tendance humaine naturelle à rechercher ardemment la conservation de la jeunesse et de la vie. Nombreux sont les anciens hymnes du Veda visant l’obtention de la santé et de la longévité. On demande au dieu Rudra une vie de cent ans. Varuna, qui deviendra le dieu des eaux dans la littérature classique, est invoqué comme gardien de la « liqueur d’immortalité », Yarruita, qu’on manipule dans le sacrifice sous le nom et sous la forme du Soma, une plante aux vertus merveilleuses et à laquelle sont entièrement consacrés les 120 hymnes qui composent le IXe livre du Rgveda. Plusieurs auteurs, depuis la fin du siècle dernier, ont cherché à identifier cette plante, pendant que d’autres s’accordaient à dire qu’il était bien possible que le Soma ne fut rien d’autre qu’un concept mythologique. L’hypothèse la plus séduisante est celle avancée il y a quelques années par un ethnomycologue, R. Gordon Wasson. D’après cet auteur, le Soma utilisé à l’origine par les Aryens était un champignon hallucinogène, YAmanita muscariaK Ce que les brâhmanes ont cherché à obtenir par leur rituel et leurs formules, d’autres par la magie ou la pratique du yoga, les médecins l’ont demandé à des préparations toniques et stimulantes, les rasâyana, et à des aphrodisiaques, les vâjïkarana.

Les vâjïkarana passent pour augmenter la force de ceux qui sont amoindris et dont la virilité est faible. Il s’agit le plus souvent de préparations à base de sésame, de fèves {Phaseolus radiatus L.), de patates douces {Ipomea digi- îata L.), de jus de canne à sucre, de poivre long {Piper longum L.), de myrobalan emblique et de lait, en association avec des testicules de bouc, de buffle ou d’âne. On utilise aussi les racines, l’écorce, les bourgeons et les fruits de l’arbre asvattha {Ficus religiosa L.).

Quant aux rasâyana, ce sont des élixirs dont on attend longue vie, santé et jeunesse. La Carakasamhitâ donne des instructions très détaillées pour leur préparation. L’un des plus réputés est le Cyavana Prâsa dans la composition duquel entrent plus de 30 ingrédients. Au nombre des principales drogues utilisées dans la préparation de ces « élixirs de longue vie » figurent les plantes suivantes : Zizyphus napeca Willd., Terminalia tomentosa W. & A., Carpopogon pruriens Roxb., Phaseolus trilobus Ait., Teramnus labialis Spreng., Gymnema auranîiacum Wall., Tinospora cordifolia Miers., Rhus succedania L., Prunuspuddum Roxb., Hydro- cotile asiatica L. Caraka fait entrer cette dernière dans la préparation de YAindra Rasâyana, un élixir de santé recommandé dans les maladies chroniques et qui passe aussi pour augmenter la mémoire et l’intelligence. Elle est également prescrite dans des préparations contre les troubles psychiques. D’après le Râjanighantu, un dictionnaire sanskrit du XIIIe siècle,

L’Hydrocotile « est froide, astringente et amère. Elle supprime le vent et les maladies hémorragipares. Elle peut produire l’éveil de la conscience, la compréhension et l’intelligence ; elle augmente la vitalité». Elle est donc avant tout considérée comme un neurotonique et un stimulant général. L’Hydrocotile asiatica est connue depuis longtemps en Europe où elle a été employée contre la folie et l’épilepsie, conformément à l’usage indien. On l’a également essayée contre la lèpre en raison de ses effets vulnéraires. En cas de fièvre, c’est un diurétique efficace, qui soulage le cœur et fait éliminer beaucoup d’eau. Cette action est due essentiellement à un saponoside triterpénique : Yasiaticoside.

De leur côté, les écoles tantriques du hathayoga ont développé des pratiques sexuelles comparables à celles du taoïsme chinois et dans lesquelles le coït apparaît, non comme un acte tendant à la procréation ou à la satisfaction de la libido, mais comme un moyen d’acquérir, sinon l’immortalité, du moins un état de sursanté. On pensait pouvoir y parvenir en évitant pendant l’union sexuelle tout épanchement spermatique ou en le résorbant. La technique enseignée par le hathayoga consiste à comprimer l’urètre au moment de l’éjaculation. Elle implique aussi un phénomène d’aspiration vésicale par action des muscles de la paroi abdominale, comme dans Je cas du lavement interne (basti) déjà mentionné.

[1] R. G. Wasson, Soma, Divine Mushroom of Immortality, New Edition, New York, Harcourt, Brace, Jovanovich, 1971. Voir également, du même auteur, The Soma of the Rig Veda : What was it ?, Journal of the American Oriental Society, 91, 1971, p. 169-187; Qu’était le Soma des Aryens? dans P. T. Furst, La chair des Dieux, Paris, Editions du Seuil, 1974, p. 204-218.

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