Dans les chapitres relatifs à la prévention, la Caraka- samhità (Sütrasthàna, VII, 31-34) souligne les bienfaits des exercices physiques (dehavyâyâma). Il y est dit que la gymnastique rend léger, augmente la capacité de travail, diminue les dosa et stimule le « feu digestif ». Mais elle doit être pratiquée avec modération. Aujourd’hui, la médecine âyurvédique s’adjoint volontiers des exercices de hathayoga et il existe en Inde bon nombre d’hôpitaux et de dispensaires où médecins traditionnels, médecins ayant reçu une formation moderne et professeurs de yoga coopèrent auprès des malades. C’est souvent à travers l’étude du yoga que beaucoup d’Occidentaux ont eu connaissance de la médecine traditionnelle de l’Inde. De fait, il existe des liens étroits entre cette médecine et les traditions du yoga. En effet, les exercices du yoga constituent avant tout un ensemble de techniques qui mettent en pratique les théories physiologiques et psychologiques élaborées dans les milieux de l’Àyurveda.

Des expériences à visées prophylactiques ou curatives

La pratique du yoga suppose un organisme sain. Il n’est donc pas une thérapeutique à proprement parler. Toutefois, diverses écoles du yoga ont prétendu prévenir et même traiter des maladies par les techniques qu’elles ont développées. Les manuels de hathayoga parvenus jusqu’à nous mettent effectivement l’accent sur des techniques et des expériences à visées prophylactiques ou curatives. Les plus connus de ces manuels sont la Hathayogapradipikâ, la Gherandasanihitâ et la Éivasmy hitâ, probablement composés vers la fin du Moyen Age. ii est à noter que leurs auteurs ont appartenu à des mouvements ou des écoles ayant entretenu des rapports avec des milieux d’alchimistes et de médecins. Svâtmârâma, le rédacteur de la Hathayogapradipikâ, se présente lui-même comme un disciple des Siddha.

Ainsi, beaucoup de postures et les exercices respiratoires qui leur sont associés passent pour prévenir ou guérir toutes sortes de maux. Il est dit, par exemple, dans la Hathayogapradipikâ (I, 27), que la posture de Matsyendra (nom d’un maître légendaire) stimule le « feu digestif » et brise le cercle des maladies. Une autre posture, celle de l’extension dorsale ou pascimatânâsana, favoriserait la circulation du « souffle vital » à l’arrière du corps et ranimerait le « feu digestif ». Comme autre exemple, on peut citer la technique respiratoire désignée sous le nom de sïtalï, « la rafraîchissante », qui est censée combattre à la fois les effets nocifs de la « bile » (pitta), les enflures, la splénomégalie et les fièvres. Il faut pour cela inspirer, la bouche ouverte, lèvres arrondies, en sortant un peu la langue, de telle sorte que l’air aspiré produise un sifflement.

Cet aspect de la pratique du hathayoga a conduit plusieurs auteurs à parler de « médecine yoguique » de « yogathérapie » ou même à présenter le hathayoga comme une forme de médecine distincte des autres médecines traditionnelles de l’Inde. De fait, les croyances indiennes relatives aux effets préventifs ou curatifs du hathayoga ne sont pas toutes dénuées de fondements. Elles s’expliquent, en partie au moins, par le caractère assez exceptionnel des répercussions physiologiques des exercices du hathayoga, que les investigations scientifiques de ces dernières décennies ont permis d’apprécier.

Les effets du hathayoga

Les premiers travaux intéressants sont ceux du Dr Thérèse Brosse qui, dès 1936, a pu établir les effets réels de certaines pratiques du hathayoga, à partir d’enregistrements simultanés du pouls, de la respiration et de l’électrocardiogramme pratiqués sur des yogin en Inde même (1). Beaucoup d’autres études ont été réalisées depuis et un certain nombre d’applications médicales du yoga ont d’ores et déjà été étudiées ou suggérées par des médecins ou des physiologistes. Malheureusement, il n’y a pas eu jusqu’ici de véritables études globales par investigations simultanées de tous les éléments de chaque exercice chez un même sujet. Très souvent, d’autre part, les exercices étudiés ne sont pas rigoureusement identifiés et déterminés par rapport aux ouvrages classiques de hathayoga qui les définissent et en précisent les modalités et la durée. Enfin, on s’est généralement borné à des enregistrements et à des dosages, sans tenir compte du contexte psychologique général des expériences étudiées.

De toute façon, le yoga ne constitue pas un système médical autonome. Les notions d’hygiène et de diététique incorporées dans l’enseignement du hathayoga ne lui sont pas propres. Il en est question dans les plus anciens traités médicaux sanskrits. De même, les notions élémentaires de physiologie et de pathologie auxquelles les traités de hathayoga font allusion sont celles de l’Àyurveda classique.

[1] – Th. Brosse, Etudes instrumentales des techniques du yoga, précédé de La nature du yoga dans sa tradition, par J. Filliozat, Paris, Ecole française d’Extrême-Orient, 1963.

Laisser un commentaire